Nice envoyés spéciaux «Faire entendre la voix des peuples» Les antimondialisation ont perturbé les festivités. Par CHRISTIAN LOSSON ET HERVÉ NATHAN Le vendredi 8 decembre 2000 http://www.liberation.fr/omc/actu/20001208veni.html Le Conseil européen n'a tenu qu'à la vigilance d'un gendarme mobile. Celui qui a sonné l'alerte à 7 h 50. Qu'a-t-il vu, aux aurores? Cinq cents militants à moins de 50 mètres à l'ouest d'Acropolis, lieu du raout européen. Le rideau de policiers est tombé illico. Retour sur la journée de 3 000 «antimondialisation», qui a viré, pour une poignée de radicaux, à la miniguérilla urbaine. 8 heures. Par l'ouest, 500. Par l'est, quatre fois plus. «L'encerclement pacifique» débute. Ils ont les yeux rougis. Beaucoup ont squatté dans un parking. Ils crient «Ya Basta» ou: «La solution? la révolution!» «Nous voulons perturber les festivités, faire entendre la voix des peuples aux gouvernants», dit Patrice Spadoni, de la Marche européenne contre le chômage. Des deux côtés, des Français (Attac, SUD, AC!, le DAL, LCR), des Italiens (Invisibles, Ya Basta!), des Espagnols (CGT Catalane, Moviento de resistancia globale ou Occupas). Pas loin, 200 Basques, des Corses, une poignée de rouges, verts, noirs anglais et d'autonomes allemands. 9 h 15. Les délégations officielles déboulent. La nervosité monte d'un cran. Pour desserrer l'étau, les gendarmes «lacrymogénisent». Les groupes cherchent une autre rue; se cognent à un autre barrage. Sans jamais chercher le contact. Une heure plus tard, les lacrymos pleuvent sur l'avenue de la République. Des Espagnols et des Basques balancent des morceaux de béton piochés dans une benne de chantier. Les projectiles rebondissent sur la chaussée, touchent les CRS: l6 blessés. Les cortèges éclatent. Des anars espagnols chassent les symboles du capitalisme. La devanture blindée d'une agence BNP explose. Puis brûle. Le personnel sort en catastrophe. Une boutique de matériel de bureau est saccagée. Une demi-douzaine de vitrines volent en éclats. 11 heures. Autre ambiance, place Garibaldi. Des mômes italiens forment une chenille verte. «Essayez de ne pas piétiner la pelouse», leur souffle un CRS. Un camion bombardier d'eau arrive. «Ce camion est à nous, nous l'avons payé», chantent les anti. «Il y a une alliance objective entre flics et radicaux», dit une fille. «Impossible de faire de la désobéissance civile sans que quelques connards viennent tout foutre en l'air», conclut une fille sous le drapeau d'Alternative libertaire. 12 h 30. La manif échappe à ses promoteurs. La salle Leyrit, l'unique gymnase arraché à la municipalité qui sert de dortoir et de forum, est transformée en AG permanente. Alain Krivine annule le meeting de la LCR. On s'interpelle en espagnol, italien, anglais. Un Espagnol, apprend-on, est retenu au poste de police tout proche. Au même moment, un cortège s'ébranle en direction de Monaco. On hésite sur les slogans: «Paradis fiscal, enfer social» ou «paradis fiscaux, mafiosos». Ils sont une centaine. Un gendarme sort son portable: «Z'ont l'air gentils, eux.» Puis, à l'intention d'un membre d'Attac: «Quand ça se passe mal, ce que vous avez à dire, on ne l'entend pas.» La troupe descend vers Monaco. A la vue des drapeaux, un homme s'alarme: «Ils sont là, ils sont là!» La frontière est barrée par les CRS. 13 h 30. Bataille rangée à Saint-Roch, au milieu des HLM. Les CRS font face aux militants qui exigent la libération de l'un des leurs. Mais, cette fois, les forces de l'ordre veulent en finir. Canons à eau, lacrymos, comme à l'exercice. Les voitures renversées freinent à peine leur progression. Les polices urbaines, qui brûlaient d'en découdre, plaquent violemment, interpellent à tour de bras: quarante gardes à vue. Devant Monaco, c'est plus calme. On jette des pièces jaunes («Rendez-nous, notre argent!»). On fait naviguer un requin géant en bois. Vingt-huit faux juges président un tribunal. On monte un «mur de l'argent sale» en cartons. A l'autre bout de la ville, plusieurs milliers de fédéralistes européens, Daniel Cohn-Bendit en tête, manifestent discrètement «pour une Constitution européenne». 15 heures. Jacques Peyrat, le maire RPR de Nice, joue l'ingénu: «Pourquoi les blessés ne sont-ils que du côté des forces de l'ordre?» Il en vient à trouver «sympathique» la manif de la veille, qu'il jugeait pourtant faite de «salmigondis». Attac dénonce les violences et les entraves à la liberté de circuler. Visés: le millier d'Italiens de Ya basta bloqués à la frontière italienne. A Vintimille, des affrontements font plusieurs blessés entre anti et policiers. Serge Le Quéau, d'Attac, fait la gueule: «On ne peut pas s'empêcher d'agir par crainte des casseurs, ce serait démissionner. Mais ces pratiques paramilitaires risquent de dégoûter tous ceux qui veulent faire de la politique autrement.». «Impossible de faire de la désobéissance civile sans que quelques connards viennent tout foutre en l'air.» -Une militante d'Alternative libertaire

SOURCE: Liste de diffusion SOS-PLANÈTE pour vous abonner : sos-planete abonnement@club.voila.fr Liste du site TERRE SACRÉE http://terresacree.org/



RETOUR AU DOSSIER MONDIALISATION
RETOUR À LA PAGE D'ACCUEIL