Communiqué de presse du
Comité d'accueil du G20
Montréal, 24 octobre 2000
COMMUNIQUÉ DE PRESSE
Répression et brutalité
policières contre la
manifestation anti-G-20
Le but : empêcher la mobilisation
contre la mondialisation des
riches
Le Comité d'accueil du G-20,
le regroupement d'individus
qui a convoqué la manifestation
d'opposition au G-20 hier
(lundi le 23 octobre)
veut dénoncer publiquement
les multiples actes de brutalité
policière qui ont été perpétrés
contre des dizaines de
manifestants et de manifestantes.
Il apparaît clairement que
cette augmentation de la
répression politique vise à
écraser par la
violence les mouvements
d'opposition à la mondialisation
des riches symbolisée par le
G-20. Le but est d'empêcher la
mobilisation contre le Sommet des
Amériques d'avril 2001 à Québec
où sera discutée la Zone de
libre-exploitation des Amériques.
Mais la violence des inégalités
sociales et de la répression
politique ne peuvent que
contribuer à provoquer une plus
grande mobilisation et
radicalisation des mouvements
sociaux au Québec et ailleurs
dans les pays du Nord comme c'est
le cas dans les pays du Sud
(Argentine, Inde, Bolivie,
Équateur, Zambie, etc.). C'est
une émeute policière que nous
avons vécu hier et non une émeute
des manifestants malgré ce
qu'affirment de nombreux médias
qui reprennent sans discernement
le point de vue de la police. En
plus de les matraquer et
souvent sur la tête ou au visage,
de leur donner des coups de
pied sur le corps et de les
pourchasser à cheval, les
policiers anti-émeute ont utilisé
du poivre de cayenne ainsi que
des gaz lacrymogènes contre les
manifestants. Alors que ces
derniers voulaient se disperser,
les policiers les en ont empêché
en leur lançant d'abord des gaz
lacrymogènes puis en les
pourchassant à cheval dans les
rues de Montréal afin de les
encercler avec l'escouade
anti-émeute. Une quarantaine de
personnes ont été arrêtées et
dans plusieurs cas, elles ne
faisaient qu'aider des personnes
blessées par les policiers. Deux
membres du Comité d'accueil du
G-20 ciblés et arrêtés par des
policiers en civil risquent
de se voir imposer demain des
conditions et une caution très
élevées en échange de leur
libération et des manifestants de
la Colombie-Britannique doivent
payer une caution de 500$.
Nous avons aussi recueilli le
témoignage de nombreuses
personnes victimes de brutalité
policière et d'autres nous
parviennent au fil des heures.
Voici un résumé de ce que nous
savons à date :
- des personnes qui n'avaient
rien à voir avec la
manifestation, des passants, se
sont fait bousculer, pourchasser
à cheval et même matraquer dans
certains cas;
- des manifestants et des
manifestantes qui se sauvaient et
étaient hors de la manif, dans
les rues et dans les terrains de
stationnement se sont fait
matraquer très durement et
arrêter par les policiers;
-des personnes n'offrant aucune
résistance se faisaient enfoncer
la matraque dans le cou et tordre
le bras par les policiers;
- un manifestant a été acculé à
un mur et battu extrêmement
violemment par 5 policiers dont
deux à cheval;
- des personnes acculées au mur
par la police montée ou étendues
par terre dans la rue se sont
fait matraquer dans le dos et sur
les flancs et donner des coups de
pied ;
- une équipe de secouristes du
Comité d'accueil du G-20 s'est
fait matraquer pendant qu'elle
tentait de soulager les brûlures
d'un manifestant aspergé de
poivre de cayenne ;
- un manifestant ayant reçu un
coup de matraque dans le front
avait une blessure de plusieurs
pouces de long et, ne pouvant
plus se déplacer, s'est fait
arrêter;
- une quinzaine de personnes qui
venaient en aide à un
manifestant matraqué se sont fait
encercler et arrêter;
- une femme qui aidait quelqu'un
aspergé de poivre de cayenne
s'est fait donner des coups de
pied dans le dos et de matraque
de la part des policiers pendant
qu'ils l'immobilisaient par
terre, puis ils l'ont traînée par
terre au point de la blesser aux
genoux;
- une femme assise par terre a
reçu de nombreux de coups de
matraque à la tête et avait le
visage ensanglanté. Elle a été
amenée par d'autres manifestants
pour recevoir des soins d'urgence;
- une manifestante tombée par
terre a été piétinée
volontairement par le policier à
cheval puis elle a tenté de fuir
et deux polices montées l'ont
chargée en lui proférant des
menaces;
- des journalistes se sont fait
asperger de poivre
de cayenne, ils étaient visés
directement dans certains cas;
- un manifestant qui a voulu
intervenir alors que cinq
policiers tenaient une personne
par terre s'est fait pointer
vers lui une arme de type fusil à
lance qui pourrait contenir du
gaz lacrymogène, des balles de
caoutchouc ou un autre
projectile ;
- des manifestants qui tendaient
des fleurs aux policiers ont reçu
des coups de matraque sur les
mains;
- un manifestant pourchassé par
les policiers qui a échappé sa
pancarte se l'est fait lancer par
ceux-ci;
- en prison, les femmes se sont
fait fouiller par des hommes
policiers ;
- en prison, une femme à qui un
policier a touché au sein lui a
dit qu'il n'avait pas le droit et
s'est fait répondre par le
policier qu'il avait plein droit
de faire cela. Elle a fondu en
larmes;
- lors des interrogatoires, les
policiers ont usé d'intimidation
en prétendant que les personnes
arrêtées sont des organisateurs,
qu'ils les connaissent;
- après la manifestation, un
manifestant a été suivi par des
autos de police dans la rue ;
- des policiers en civil ayant
l'allure de journalistes et
de photographes de presse ont
procédé à des arrestations.
La manifestation pour dénoncer le
G-20, valet des exploiteurs
capitalistes transnationaux,
n'est pas un acte isolé. Cette
manifestation s'inscrit dans le
cadre des luttes sociales
contre la misère organisée qui
connaissent un regain au Québec
depuis cinq ans, dans les
secteurs plus marginalisés de la
société, Il y a un lieu évident
entre ces luttes et les coupures
massives effectuées dans le
domaine des services publics de
santé et d'éducation, dans l'aide
sociale, dans l'assurance-
chômage, dans la fonction
publique, au nom de la lutte au
déficit et de la sacro-sainte
compétitivité internationale.
Pendant ce temps, les grandes
entreprises privées et les
investisseurs québécois et
étrangers profitent plus que
jamais des faveurs de l'État par
l'entremise de subventions de
crédits d'impôts, d'abris
fiscaux, d'élimination de normes
de protection sociale et
environnementale.
Ce n'est pas un hasard si la
criminalisation des mouvements
sociaux et des pauvres s'accentue
dans ce contexte. La brutalité
policière et la répression
politique perpétrées hier ne
constituent pas non plus
un acte isolé. Depuis cinq ans,
plus de 1500 arrestations à
caractère politique sont
survenues au Québec. Le mouvement
international contre la
mondialisation capitaliste se
voit aussi criminalisé
comme ce fut le cas fin septembre
durant les manifs contre le FMI
et la Banque mondiale à Prague où
des brutalité policières
incroyable ont été perpétrées
contre les manifestant (certains
sont toujours en prison).
Le Comité d'accueil du G-20 exige
donc :
- la libération de tous les
manifestants et manifestantes
emprisonnées le 23 octobre et
l'annulation de toutes les
accusations contre eux et elles;
- l'annulation de la réunion du
G-20 parce qu'il y a une
collusion évidente entre cette
organisation au service des
exploiteurs transnationaux et la
violence policière contre les
manifestants et les manifestantes
qui ont usé de leur légitime
droit de manifester et d'exprimer leur opinion.
Le Comité d'accueil du G-20
invite toutes les
organisations progressistes du
Québec et d'ailleurs à
appuyer ces demandes et à
dénoncer les brutalités
policières et la répression
politique perpétrées le
23 octobre 2000 ainsi que le
non-respect du droit de
manifester et de la liberté de
rassemblement. Il n'est pas dans
l'intérêt des organisations
progressistes qui luttent
vraiment pour la justice sociale
de se taire devant la brutalité
policière et le répression
politique car celles-ci
s'amplifient et sont dirigées
vers de plus en plus de secteurs
de la société.
Comité d'accueil du G-20
|