Léandre Bergeron a écrit, en Novembre 1972
un petit livre intitulé "Pourquoi une révolution
au Québec". Vous en trouverez ici plusieurs extraits.
Quelques années ont passé et certains chiffres ne
sont plus les mêmes, mais le contenu en est
malheureusement toujours d'actualité.
tous les extraits suivants proviennent
du livre:Pourquoi une révolution au
Québec, écrit par Léandre Bergeron.
Le livre est édité à la Maison des
Éditions Québecoises, en Novembre 1972.
" -Quoi? Une révolution? Du sang
dans les rues, des blessés, des
morts, de la tuerie, des
massacres ? Non merci.
Toutes les révolutions, c'est ça.
Regarde à Cuba, en Algérie.
Qu'est-ce qui se passe
actuellement en Irlande? Les
révolutions c'est de la violence
et la violence, j'en veux pas.
- Crains pas. Elle viendra pas si
la majorité des Québecois
la veulent pas. Une révolution
c'est pas quelque chose qui vient
de l'extérieur. Elle vient parce
que la majorité des exploités
en a assez et se met à agir. Si
toi, t'en veux pas de
changement, attelé à ta job comme
t'es, eh bien, elle viendra
pas. Si toi et des milliers
d'autres sont pas convaincus qu'il
faut que ça change et qu'on va
prendre les moyens qu'il faut,
eh bien, c'est dommage, mais ça
changera pas et la révolution,
y'en aura pas. Une révolution
c'est pas d'abord du sang dans
les rues, même si ce sont les
images que les médias ont
toujours projetées. Il faut
surtout pas confondre révolution
et violence. La violence de la
seconde guerre mondiale avec
45 millions de morts ne s'est pas
faite pour une révolution."
"Une révolution, c'est un
changement dans les relations,
dans les rapports. Dans les
structures des rapports. Avec ton
père, c'était un rapport autorité-
enfant obéissant, dominateur-
dominé.
En brisant ce rapport(par toutes
les chicanes et les engeulades
que ça a pris), tu as établi un
nouveau rapport, d'égal à égal.
Pour en arriver là, il y a eu des
conflits assez violents. Tu
as du peut-être lui montrer le
poing. Ou bien il a compris
avant"
"-La révolution est un changement de structures de la société.
- c'est ben beau, mais ça veut rien dire, cette belle phrase.
- Est-ce qu'on s'entend sur le mot "société"?
- C'est, disons, tous les
québécois, les 6 millions de
québécois concentrés sur le territoire qu'on appelle le
Québec.
- Oké. Disons "collectivité québécoise", "société québécoise".
On pourrait même dire " Formation sociale québécoise" comme ils
disent à l'Université du Québec.
- Oké pour société québécoise. Ça veut dire que les individus qui
font parti de cette collectivité ont des rapports entre eux.
- Oui, mais si on regarde bien comme il faut, on voit que
la société québécoise est rattachée à d'autres collectivités
par certains rapports. La société québécoise n'est pas isolée.
Sur le plan culturel, coutumes, manières de faire les choses,
on est différent. Mais au point de vue économique, Wo.
On n'est pas isolés du tout. On est même tellement pas isolés
que notre activité économique est entièrement décidée,
contrôlée par d'autres collectivités. Et au point de vue politique,
avec la confédération qu'on a, eh bien, c'est
une autre collectivité qui nous organise. Or, une culture
sans les bases économiques et politiques, devient vite
folklorique.
Car, ce qui est déterminant en
dernière analyse, c'est
l'économique. Si la moitié du
monde est obligé de
baragouiner l'américain et de
subir la culture
américaine, c'est que la société
américaine a étendu
sa domination économique sur un
tas de pays. Quand on
a la base économique d'un pays,
on prend vite le contrôle
politique. Après ça, le culturel
vient tout naturellement
comme un fruit mûr.
au Québec, les québécois n'ont jamais eu de contrôle sur
leur économie, ni de contrôle sur
leur politique."
" - La société québécoise est une nation.
- Une nation est une société sur un territoire donné avec
une langue qui lui est propre, des traditions, des manières
à elle de voir le monde, de réfléchir, d'agir.
- Mais au point de vue économique...
- Au point de vue économique la nation québécoise est intégrée
comme colonie à l'empire américain.
Dans cette situation, le Québec sert les intérêts de la
collectivité américaine d'abord. Nos ressources passent chez eux à
une allure incroyable. Et en retour, ils nous conditionnent à
être de bons consommateurs de
leurs produits fabriqués avec nos
ressources pour leur profits.
- Au point de vue politique...
- Au point de vue politique, la nation québécoise est
prise dans une structure où elle
Au point de vue politique, le est toujours minoritaire.
La majorité, les canadiens, opprime la nation québécoise.
Québec est une partie d'un
plus grand tout. Or, une nation devrait être un tout
entretenant des relations avec d'autres tout, d'égal à égal.
Le Canada comme structure politique met les canadiens dans
une position de domination vis-à-vis les québécois. Ça nous
fatigue, nous. Ça commence à les
fatiguer, eux.
- Une nation devrait normalement avoir en main le contrôle de son
économie, de sa politique et de sa culture?
- Oui.
- C'est pas clair. On vit en démocratie. La démocratie, c'est
le gouvernement par le peuple. Le peuple a élu ses députés.
On a la démocratie qu'on veut. On n'a pas besoin de révolution.
Tout le monde est heureux excepté quelques mécontents qui
chialent tout le temps."
"- Wo. Distinguons. On est en démocratie, mais la démocratie
de qui? La démocratie des boss. Les gros boss, eux, se sentent
en démocratie et c'est vrai que c'est la démocratie pour eux.
Mais c'est la dictature pour ceux qui travaillent pour eux. La
démocratie bourgeoise c'est la démocratie pour la bourgeoisie et
la dictature pour le peuple.
- Je vote, moi. J'suis pas un esclave.
- Ça fait combien d'années que St-Henri et le faubourg à la mlasse
votent?
- Depuis qu'on vote au Québec.
- Ça fait longtemps. Disons, au moins depuis que ces quartiers
existent, depuis plus de cent ans. Alors, tu penses que les
gens de ces quartiers se sont voté la misère depuis cent ans
tandis que les bourgeois de Westmount et de Foutremont
se votent la richesse? Il me semble que si le système de vote
marchait comme tu veux le croire, les quartiers ouvriers se
voteraient, sinon le bonheur absolu, au moins le mieux-être
et sortiraient de leur situation actuelle.
- C'est pas comme ça que ça marche.
- C'est vrai. Le vote qu'on connaît, c'est de la poudre aux
yeux pour faire croire au monde que la démocratie c'est à eux
aussi. Or c'est la démocratie
des bourgeois et c'est à eux
seuls."
"- Parlons des structures qui existent. Ensuite on s'expliquera
pourquoi il faut les changer.
D'abord, les structures de la
société ne sont pas évidentes. Si elles l'étaient, ça serait
simple, évidemment. A première vue, on dirait même qu'il n'y a
pas de structure dans la société, qu'il y a du monde, un point
c'est tout, qu'il y a des hommes, des femmes, des enfants tous sur
le terrain des vaches, qui se déplacent selon leurs fantaisies,
sans rapport avec une structure quelconque. Des gens éparpillés
un peu partout comme un paquet de cartes qu'on lancerait par terre.
J'te demande à toi, où est-ce que t'es dans la structure? Tu me
réponds: J'sais pas où je suis. Il n'y a même pas de structure.
Tu vois pas de structure évidente. Moi non plus. Et
pourtant, on fait pas ce qu'on veut. Il y a des choses que l'on
fait non pas parce que ça nous tente mais parce qu'il y a une
nécéssité qui vient de rapports. De rapports sociaux. L'enfant qui
pleure sur le perron parce que maman lui a interdit de sortir,
le chien qui suit son maître
comme un mouton, le gars qui lave
la vaisselle au Select, le concierge qui sort les poubelles,
le boss qui engeule son employé. Si le monde agissait vraiment à
sa fantaisie aucun de ces individus ne ferait ce que je
viens de décrire. Mais ils font ce qu'ils font parce qu'il y a
certains rapports sociaux qui les obligent à se trouver dans telle
situation et à faire ce qu'ils font. L'enfant qui pleure subit
le rapport de domination de sa mère, le chien de son maître, le
gars qui lave la vaisselle du patron du Select, le concierge du
propriétaire de l'immeuble tandis que le boss qui engeule son
employé jouit de son rapport de domination sur lui. Et à bien
examiner les rapports entre les individus, on se rend compte que
le rapport principal dans notre société, c'est un rapport
vertical. Un dominateur au-dessus
d'un dominé.
- Ben les gars à la shop, ils travaillent ensemble d'égal à
égal.
- Vous êtes là à faire différents travaux les uns à côté des
autres, oké. Vous sentez entre vous des rapports d'égalité. Mais
ça c'est l'exécution d'un travail donné sans que vous ayez décidé
de l'organisation du travail.
Et, en fait, ce sont les rapports
verticaux qui dominent dans votre travail. Qui organise l'équipe
de travail que vous formez?
- Le boss.
- Qui compte le temps que vous travaillez?
- Le boss.
- Qui vous donne votre paie?
- Le boss.
- Qui s'occupe du marché des produits que vous fabriquez?
- Le boss.
- En d'autres mots, votre job c'est d'exécuter des tâches pour
le boss. Il y a de la matière à transformer en produits à l'aide
d'outils. Vous autres, vous êtes l'ingrédient "énergie humaine"
dans la fabrication du produit.
- Énergie humaine? Voyons. Énergie animale! Si le travail
était humain...
- Pourquoi est-ce qu'il n'est pas humain?
- Parce qu'on nous traite comme des machines.
- Qu'est-ce qui manque pour être traité comme des êtres humains?
- Pas juste faire un travail monotone. Pas toujours se faire
bosser. Avoir son mot à dire.
- Participer à l'organisation du travail.
- Si c'est ça que tu veux dire, oké.
- En d'autres mots, tu veux changer les structures du
processus du travail. Tu veux participer aux décisions.
Tu veux décider autant que le boss. Tu veux changer vos
rapports. Tu veux plus le rapport de domination. Tu veux plus le
rapport vertical. Tu veux changer les structures. Tu veux faire une
révolution. C'est ça. T'es
révolutionnaire.
- Wo. J'ai dit que je veux participer avec le boss.
- Est-ce que ton boss travaille?
- Oui, il organise mon travail.
- C'est pas du travail. Organiser le travail des autres c'est pas
du travail. C'est dominer les autres pour être certain qu'on
est pas obligé de travailler. Un boss comme boss, c'est-à-dire
comme celui qui te dit quoi faire et te sert une pitance pour
le travail que tu as fait, n'est pas un travailleur. C'est un
exploiteur. Il se sert de son sens de l'organisation (son
information précieusement gardée) pour vous garder à
travailler pendant que lui, il surveille votre travail.
- Tu veux dire que moi je fais du vrai travail pendant que le boss,
lui, fait de l'organisaton. Qu'en fait, cette organisation, on
pourrait la faire nous-même et qu'à ce moment-là, on serait
traité comme des êtres humains.
- Il n'y aurait plus de boss à ce moment-là.
- Plus de boss?
- Si vous faites ensemble l'organisation qu'il se
réservait, le boss n'a plus rien à faire excepté s'en aller ou
bien devenir un travailleur au
même titre que les autres.
- Eilles, tu vois un boss travailler?
- Ils mériteraient bien ça un peu.
- Tabarnouche!
- Alors, à ce moment-là, vous n'auriez plus de rapports
verticaux. Ce serait des rapports horizontaux. Y'aurait plus de boss.
- On serait tous des boss.
- Si vous êtes tous des boss, il n'y a plus de boss. Donc vous
êtes pas des boss. Vous seriez tous des travailleurs travaillant
et organisant votre travail. C'est ça, la révolution.
- C'est pas possible. Les travailleurs sont pas assez smats.
- Tu dis que t'es pas assez smat.
- Moi peut-être. Mais les autres..
- Pourquoi juste toi?
- Ouais... Mais les boss voudront pas.
- Ça, c'est normal.
- C'qu'ils ont, ils veulent pas le lâcher.
- C'est normal.
- Alors?
- Alors, on leur demande s'ils veulent bien
remettre le pouvoir
d'organisation du travail
à qui de droit, aux travailleurs.
- Alors ils disent non. Alors, on
leur sonne
les shnolles
- C'est normal.
- Mais là, ils se laissent pas faire. Ils
appellent les avocats, la police. Pis c'est
les juges avec leurs injonctions. Le gouvernement
s'en mêle. Ça serait comme une grève, quoi.
- Pourquoi est-ce que le gouvernement s'en mêlerait?
- Parce qu'il faut un arbitre.
- Un arbitre?
- Entre les partis, le gouvernement...
- Bouleshitte! Tu dis que les patrons appellent
le gouvernement à leur secours. Ça serait pas
plutôt que le gouvernement c'est le gardien
public de la "propriété privée" de ton patron?
- La démocratie...
- Encore la démocratie! Revenons à nos structures.
Dans la société qu'on connait, les structures de domination
qu'on a vu pour ton travail, on les retrouve partout.
Et c'est pas pour rien. Si on les retrouvait
seulement au travail, elles resteraient pas longtemps.
Il faut les retrouver partout pour qu'on conserve la
mentalité. Á la maison, la domination de l'homme sur
la femme et la domination des parents sur les enfants
sont importants pour la "bonne éducation",
la préparation à la "vie", c'est-à-dire dans
ce contexte, à la domination dans le travail.
Quand la femme se libérera du joug de l'homme,
quand les enfants fouteront la famille en l'air,
on aura brisé dans les esprits
du monde le vieux schéma autoritaire, l'habitude
à la domination et à l'exploitation.
Et la révolution sera d'autant plus proche.
D'ailleurs, ça s'en vient à grand pas.
- Mes enfants veulent plus m'écouter.
- Tant mieux.
- Ma femme veut plus que je la bosse.
- Tant mieux.
- Ouais mais écoute un peu. J'me fais botter
l'derrière au travail. Sur qui est-ce que je
peux me revenger. Plus sur les enfants?
Plus sur la femme?
- Sur le boss. D'où les coups viennent.
- Ouais, mais la bonne femme abuse. Elle va trop
loin. Pour faire l'amour, mantenant, il faut qu'elle
ait envie de le faire elle aussi. C'est plus une vie.
- C'est plus la même vie. C'est le début
de la vraie.
- Pis il faut que je fasse la vaisselle...
- Tant mieux. Quand t'auras plus d'esclave à la
maison, tu refuseras d'en être un à la shop.
- C'est toffe, la révolution.
- Il n'y a pas à s'en sortir. Il faut changer tous
les rapports de domination entre humains ou bien
on a rien fait.
- J'aime pas penser que j'ai pas le droit
à l'autorité sur ma femme et mes enfants.
- T'as pas de droit d'autorité sur eux.
- OUi mais je suis le père.
- Foque le père. Tant que tu fais le boss à la maison tu changeras
rien nulle part ailleurs. La démocratie, fais-la fonctionner dans
ta famille d'abord. Tout ce que tu peux te permettre c'est la plus
grande responsabilité dans tes actes parce que tu as plus d'expérience.
"- On reviendra là-dessus plus loin. Sortons de la maison.
Dans la rue, le policier représente l'Autorité qui veille
à maintenir les rapports sociaux tels qu'ils existent.
Il n'est pas l'Autorité. Il n'en est que le représentant
et l'exécutant.
- T'as déjà remarqué comment les policiers sont différents
d'un quartier à l'autre. Dans les quartiers des travailleurs,
la police c'est les toffes. Des vrais boss. Mais dans les
quartiers comme Westmount, la police file douce avec les résidents,
des bonjour par-ci, bonsoir par-là. Des vrais serviteurs pour
les gens des quartiers riches et des vrais chiens dans les
quartiers du monde ordinaire.
- Evidement, le plus clair de son temps il le passe
à protéger la propriété de ceux qui en ont contre
ceux qui en ont pas. Il protège les magasins.
- Et en cela il fait un travail louable.
- Non. Les magasins devraient être ouverts pour que tout le monde
puisse aller se servir selon ses besoins.Les magasins sont
remplis d'objets de consommation fabriqués par des travailleurs.
Puisque ce sont les travailleurs
qui les ont fabriqués, ce sont les travailleurs qui en sont
propriétaires. Ce serait donc normal que les travailleurs
aillent se servir gratuitement dans les magasins.
- T'es fou. C'est du vol.
- Est-ce que tu peux te voler toi-même? A ta shop
tu fabriques des moteurs. Avec ta gang vous fabriquez
un tas de moteurs. C'est vous qui, à partir de certaines
pièces fabriquées par d'autres travailleurs, créez des
moteurs. Vous et tout ceux qui ont participé à la
fabrication des moteurs en êtes les propriétaires.
C'est normal. Ils n'appartiennent certainement pas au
boss qui les a même pas vu.
Et voilà que tu vas dans un magasin et que tu te retrouves
en face du moteur que tu as monté. Qu'est-ce que tu fais?
Tu le prends parce que tu l'as monté, parce que c'est ta
part sociale.
- Je le paie avec le sallaire que j'ai gagné à le monter.
- T'as pas l'air un peu drôle?
- Non.
- Toi qui a donné trois fois la valeur à des pièces
en les transformant, tu vas le payer avec la pitance
que tu as obtenue en en fabriquant vingt-six et demi.
- Pourquoi il m'appartiendrait plus à moi qu'au
vendeur ou à ceux qui ont fabriqué les pièces?
- C'est vrai. Il appartient à tout ceux qui y ont travaillé ou qui
l'ont transporté. Il n'appartient pas à un seul. Il appartient même
un peu à ta femme qui a pris soin de toi pour que tu puisses le produire.
Il appartient en fait à toutes les travailleuses, à tous les travailleurs
et à leurs femmes.
- C'est presque tout le monde.
- Ça exclut les bourgeois:les patrons, les présidents des
grosses compagnies, la grosse gomme qui vit en organisant
le travail des autres.
- Et c'est justement ceux-là qui se disent
propriétaires des choses que les travailleurs
produisent. C'est le monde à l'envers.
- Le mettre à l'endroit, c'est ça la révolution.
- La révolution, c'est les travailleurs qui prennent en main
l'organisation de leur travail, qui s'approprient les matières
premières, les outils et distribuent leurs produits selon
les besoins des gens...
- Oui, mais on est rendu trop loin. Revenons à nos
structures d'oppression. On a dit que dans la rue,
le policier représente l'Autirité qui domine les citoyens.
- Dans la ruelle?
- C'est un homme qui a envie de pogner la
femme qui passe. Ou bien c'est la gagne qui
pogne la petite fille pour lui faire baisser
ses culottes. Ou le gars avec la force physique
qu'il faut pour attaquer un bonhomme qui semble
avoir de l'argent en poche.
- C'est peut-être un chômeur qui a faim.
- Dans la plupart des cas, ce sont des dépossédés
qui prennent ce moyen pour s'approprier ce que la
société ne leur offre pas.
- C'est une façon de prendre ce qui leur
appartient. Alors il n'y a plus de vol.
C'est ça?
- Non. Ça dépend qui on vole. Si un chômeur s'approprie la paie
d'un travailleur en l'accrochant dans une ruelle, c'est du vol.
Mais si un chômeur s'approprie les biens d'un bourgeois, c'est
pas du vol. C'est de la repossession de son bien.
- C'est un peu comme des travailleurs qui
prendraient leur usine et foutraient leur
patron dehors.
- Oui et non. L'acte individuel du chômeur ne change rien à
la structure. Il rafle qulques miettes tout en courant une
grosse chance de se retrouver derrière les barreaux. Tandis
que l'appropriation d'une usine par les travailleurs amorce
le changement de structures. Ils éliminent le patron du processus
de travail lui-même.
- Alors tu veux peut-être dire que la hausse de
criminalité vient du fait qu'il y a des "méchants"
qui veulent prendre le bien des "bons". Tu veux dire
qu'il y a de plus en plus de dépossédés qui cherchent
à reprendre leur part sociale.
- En général, oui. Dans le cas de vol de tout
ordre, c'est plutôt ça. Maintenant, quand tu
parles de viol, de meurtre, là, c'est une autre
affaire.
- Tu veux dire des voleurs de
banque, d'épicerie...
- Va voir dans nos prisons. La plupart des gars là-dedans
y sont pour ce genre de délits. Puis en même temps, tu
remarqueras qu'ils sont pour la plupart de la classe
des travailleurs.
- T'as pas besoin de m'le dire. J'suis allé comme pensionnaire
pendant six mois. J'peux te dire que 80% des gars là-dedans,
c'est des gars comme moi. Mais il y en a une gagne qui avait
été sur le chômage longtemps.
- Un chômeur fait partie de la classe des travailleurs. C'est
un travailleur qui n'a pas de travail. C'est un travailleur qui
fait parite de la "réserve de force de travail" dont le système
capitaliste a besoin.
- Un chômeur c'est un travailleur sans job."
PETIT LEXIQUE POUR FRANCOPHONES NON-QUÉBÉCOIS
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